L'histoire

Après moult années de guerre, d’épidémies et de famines, l’Europe en cette fin de XVe siècle, sort peu à peu du Moyen-Âge. Nombre de marchands, de seigneurs, de pèlerins et d’aventuriers de toutes sortes voyagent à travers l’Europe.

Chaque fois que ces gens n’ont pas les moyens de constituer une caravane assez protégée, ils se regroupent sous la protection d’un seigneur de rencontre. Au Puy-en-Velay, ville occitane, une caravane marchande s’organise en direction de Venise, la Sérénissime, principal port de commerce avec l’orient pour chercher des métaux précieux et des marchandises diverses, rencontrer des érudits, faire fortune ou, qui sait, fuir les foudres de la loi.

Ainsi voilà réunis des gens d’armes, des ecclésiastiques, des marchands, leurs commères et leurs enfants…


Les incroyables
mais véridiques aventures
des Compains à Venise

Sole oriente fugiunt tenebrae
Que le soleil se lève et chasse les ténèbres



2 août de l’an de grâce 1494

La maisnie est enfin prête. Meshui, nous quittons le Puy d’Anis pour gagner Lyon. Au sortir de la ville - fort bien remparée depuis que Louis le onzième, en 1476, la dispensa de taille pendant 10 années - nous saluons les saintes statues placées depuis un an aux portes et carrefours.

Le Puy d'Anis

15 août 1494

Arrivée à Lyon le jour de la grande fête de Marie, mère de Notre Seigneur. Voilà qui est bon signe. De l’Ouche décide un arrêt de quelques jours à l’auberge dite du Vieux florentin. Diane Quatre Temps en profite pour visiter sa parentèle.

Lyon

3 septembre 1494

ChambéryNotre petite troupe s’arrête à Chambéry. Pendant que je vends des fûts de vin, toute une troupe de mercenaires a rejoint notre groupe. Diane leur fait bonne figure. Il s’agit de son vaunéant de frère, Henry Destrouilhas, qu’elle a mandé afin qu’il protégeât la caravane ! Ce dernier envoie l’un de ses hommes, le Barbouillé, reconnaître la route et s’informer des brigands qui hantent les Alpes et les cols. Mais nous serons à la queue de l’armée de Charles VIII et n’aurons certainement que peu à craindre.

15 septembre 1494

La traversée des Alpes s’est plutôt bien passée. Certes, nous eûmes quelques escarmouches et le Barbouillé y a gagné une vilaine balafre. Pinatel a été plus gravement touché mais il est encore vif. Arrivée à Etrouble en Val d’Aoste. Réparations, repos et commerce pour assurer la provende. Ma fidèle Alazaïs semble attirée par Destrouilhas. Elle m’a demandé la composition des filtres d’amour orientaux ! L’équipe des soudards de Destrouilhas s’est étoffée dans des circonstances qui en disent beaucoup sur les grandes compétences de nos nouveaux protecteurs. Nous marchions donc à la queue de l’armée française. Sur les conseils d’un certain Boutefeu, une troupe de trainards composée de Port de bouc, Ali le maure et Brèche-dent a pris une route à gauche, vers le nord, quand l’armée royale partait vers le sud, à droite. Nous avons trouvé les quatre guillaumes dans une taverne, contant leurs innombrables exploits. Destrouilhas les a embauchés dans son corps de garde.

17 septembre 1494

La Caillasse et sa famille nous ont rejoints après la frontière. Arrivée à Milan. De l’Ouche livre au Signore Galfonelli 28 ballots de soie. Une fois le barguin conclu, il s’avère qu’il manque 2 des précieux ballots. De l’Ouche soupçonne la soldatesque de Destrouilhas. Alizon et Isabelle, accompagnées de Mathurin, s’occupent des provisions. A en juger les regards que lance cet ours de Destrouilhas à ma fragile Alazaïs, les filtres sont efficaces…

10 octobre 1494

Repos bien mérité à Bergame. Notre convoi a été attaqué par les loups. Malgré le savoir de Mathurin, l’un des mercenaires est mort, dévoré. Pinatel livre ce qu’il lui reste de fourrures. Sur une place, nous avons vu un spectacle de masques et de bouffonneries.

Bergame

3 novembre 1494

Nous voici à Vérone, sur les terres de la Sérénissime. La Caillasse prend des croquis et observe les magnifiques demeures.

Vérone

Destrouilhas a annoncé ses fiançailles avec Alazaïs. Voilà qui irritera davantage encore Maître de Puisaye, son père. Destrouilhas a demandé des divertissements et des jonglars…

12 novembre 1494

PadoueArrivée à Padoue. Venise est désormais toute proche. De l’Ouche se livre à des opérations de change et achète quelques marchandises. Destrouilhas a contacté certains marauds de sa connaissance afin de revendre au meilleur prix une mystérieuse cassette de bijoux que détiendrait Diane. Que sont ces bijoux ? D’où proviennent-ils ? J’ai pu encontrer le célèbre érudit Bartoloméo Alfonsi. Son commerce avec les anusims et les Byzantins lui a fait faire de surprenants progrès en alchimie. Nous avons tous longuement prié notre bon saint Antoine avant de reprendre la route.

18 novembre 1494

VeniseVenise ! Enfin ! Ce n’est pas un mirage. Deux d’entre nous ont défuncté durant le voyage et plusieurs sont navrés. C’est dans la joie que nous arrivons et nous irons dès demain remercier la très sainte Vierge Marie de nous avoir épargnés. Pour fêter l’évènement, les jonglars ont composé le Lai des Compains.

25 novembre 1494

Que d’évènements petits et grands en quelques jours. Nous avons d’abord appris le département précipité, le 9 de ce mois, de Pierre de Médicis de Florence. Le lys, que notre bon roi Louis le onzième autorisa sur les armes de Florence est bien triste. Cette nouvelle au goût de cigüe fut tempérée peu de jours ensuite lorsque nous sûmes l’entrée de notre glorieux roi, Charles le huitième, à Florence. J’ai malheureusement appris en même temps la mort de mon ami Pic de la Mirandole.

Janvier 1495

Le CollygetDepuis le début du mois, Charles VIII et son armée sont à Rome. L’Italie toute entière est en passe de devenir française. J’ai pu consulter à la grande bibliothèque de Venise le fameux Collyget, Le livre de tous, d’Averroes, ainsi que les commentaires d’Aristote et d’Avicennes. Quelle émotion tout ce savoir à portée de mains.

Cinq mois plus tard

Le rêve d’une Italie française est désormais hochet entre mains de béjaunes. Nous repartons pour le royaume de France, de façon à passer les Alpes à la fin du printemps et, autant que possible, à la queue des armées françaises et sous leur protection. Un certain Da Vinci nous accompagne qui passe son temps à gribouiller d’étranges dessins. Ça sent sérieusement le fagot de ce côté.

Las, sur le chemin du retour, un message nous informe de la mort de notre bon Maître, le seigneur de Puisaye. Diane veut brûler les étapes et gagner le Puy pour s’occuper des affaires de son père défuncté, surtout que Charles le huitième se rend lui-même en visite au Puy-Notre-Dame et que nous pourrions bénéficier de la protection de ses troupes. A ma grande surprise, Destrouilhas semble réellement affecté par la mort de son géniteur. Qu’allons-nous tous devenir ?

1496

Notre retour au Puy-Sainte-Marie ne s’est pas très bien passé. Les armées royales ramenaient de Naples dans leurs bagues un mal étrange qui s’attrape auprès des filles folieuses et des bougres. Ce mal napleux ou maladie de Naples s’est vite répandu autour des soudoyers du Roi et a fait des ravages dans la ville.


Journal de voyage tenu par E. de l’Ouche


Mémoire et imagination sont commères qui voisinent.
L’une ravaude son linge avec le fil de l’autre.
À trop mélanger leurs ouvrages, elles confondent leurs jupons.

Bibliographie

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