Les personnages

Maître de Puisaye

Tout d’abord, il y eut maître de Puisaye, riche banquier en affaire avec les états du Languedoc. Pour avoir moult fois (nombreuses fois) payé la rançon de la ville et de ses consuls, il a été anobli. D’abord simple changeur, il s’est installé au Puy-en-Velay à l’âge de 25 ans. Il a, très discrètement, étendu ses affaires au prêt sur gages puis à toutes sortes de commerce : draps de Mende, vins du Vivarais, laine de l’Hôtel-Dieu au Puy… Il a même obtenu l’exclusivité de la vente des images ou cartes à jouer du Puy sur les 4 foires de Lyon.

Lorsqu’il eut du pain dans la huche assez pour marier sa promise selon son rang (Lorsqu’il fut assez fortuné pour lui offrir un mariage digne de son rang), il l’épousa. Avant qu’elle eut baisé le cul de la vieille (décédé) et pendant qu’elle comptait les solives (ce que font les femmes qui s’ennuient pendant que l’époux accomplit son devoir conjugal…), il lui fit deux enfants : Diane Quatre Temps et Henry.


Diane Quatre Temps

En ses maillots et enfances (durant sa petite enfance), Diane fut élevée dans les arts et la culture. Dès ce temps, maître de Puisaye prit langue (contact) avec d’aucuns seigneurs des environs. Il rencontra un vieux barbon décati et sentant l’ail avec qui il passa un méchant barguin (un vilain marché) : il lui baillerait sa fille Diane en mariage avec forte dot, la pécune ne lui faultant pas (l’argent ne lui manquant pas). Mais la garce était frisquette. Dès qu’elle vit le vieux barbon, elle envisagea un étrange brouillis (une sacrée embrouille). Sachant que les nerfs des batailles sont les pécunes (l’argent) et que guerre faite sans bonne provision de cliquailles n’a qu’un soupir de vigueur (guerre faite sans finances sera vite perdue), elle décida d’accompagner la caravane en Italie et, le jour du départ, elle roberait (volerait) les bijoux de son père qu’elle cèlerait en ses bagues (cacherait dans ses bagages). Elle partagerait ensuite la picorée (le butin) avec son frère.


Henry Destrouilhas

Henry de Puisaye, futur Henry Destrouilhas, est né en l’an de grâce 1464. Encore jovente (jeune), dans sa seizième année, Henry Destrouilhas fut envoyé en Italie par son père pour y suivre des études de médecine. Las, le drôle, loin de la demeure anceisurale (de ses ancêtres), préfère décoiffer des jacquelines (déboucher des bouteilles), jouer aux dés, lever des caillettes (flirter avec des jeunes filles)… En un mot, c’est un vaunéant (un vaurien) qui n’aime rien tant que se ventrouiller (s’adonner à la luxure).

Il fréquente les bordeaux, les loudières, les ribaudes et toutes les filles folieuses (les bordels et les putains). Il joue du cotel (couteau), se bande avec goujats et soudoyers, barbouillés, larrons et marauds et même caïmans de toutes sortes (se lie avec toutes sortes de voyous, voleurs et assassins). C’est à cette époque (environ 1486) qu’il croise pour la première fois Etienne de l’Ouche avec qui il pille des tombes pour défouir les enterrés et vendre des corps à la faculté de médecine. Il a mis à sac l’église et le cimetière d’un monastère. C’est alors qu’Henry de Puisaye est devenu Henry Destrouilhas et s’est engagé chez des mercenaires dans le nord de l’Italie où il a appris les rudiments de la guerre. Mais la pécune lui fault surtout que son bien-aimé père, Maître de Puisaye, l’a déshérité après avoir appris ses déportements (trafic de poudre noire et de corps humains avec l’université). Il rentre alors en France et s’installe quelques temps à Montpellier. Trop heureux de récupérer quelques cliquailles en partageant la picorée de sa sœur Diane, il aidera la bachelette (la jeune fille) à s’ensauver (s’enfuir) contre cédule (le prix du silence). Au cours du voyage, il éprouve un grand pensamor (sentiment amoureux) pour Alazaïs. Ils se fiancent à Vérone et se marient à Venise. Sur le chemin du retour en France, ils auront un enfant. De passage à Chambéry, Destrouilhas apprendra le décès de son père ; il sera dévoré par le remords. Revenu au Puy, il reprendra la direction des affaires de son père avec sa sœur, Dame Diane.


Etienne de l’Ouche

Etienne de l’Ouche vint au monde en 1454 en même temps qu’était édité le premier livre d’un certain Gutenberg, un an après la triste et terrible chute de Constantinople. Il a beaucoup voyagé. En Italie en premier lieu où il rencontre Savonarole et Pic de la Mirandole. Il s’est rendu plusieurs fois à Istanbul, ancienne Constantinople. Fréquentant les anusims (juifs convertis de force) et les maures, il a appris l’alchimie, les parladures (les langues) étrangères et la médecine qui lui permet de soigner les apostumes (abcès). En 1492, il a retrouvé Henry Destrouilhas à Montpellier où ils ont repris leur trafic de cadavres. Il y a déjà longtemps que maître de Puisaye l’a embauché ainsi que sa servante Alazaïs. Aussi pleure-pain (radin) que maître de Puisaye est chiche-face (avare), il lui a servi des contes de nourrice (des fables invraisemblables) assez pour se voir confier le ménage de la maison, avoir repue et coite (le couvert et le gîte) assurées et pouvoir prendre ses suretés (être à l’abri dans une maison) chez le banquier. Lui qui était tout à plein déconnu, lui qui ne semblait pouvoir se ramentevoir (se souvenir) rien de ses origines, il a su se brider court assez (se retenir, se maîtriser) pour donner fiance à maître de Puisaye et le voilà valet logeant à pain et à pot (valet logé partageant le logis et le repas du maître). Il est probable que ses talents d’alchimiste, et donc l’opportunité de fabriquer de l’or, ont convaincu le vieux pleure-pain. Il faut dire que pour quelques pécunes, Maître de Puisaye veut bien sentir un peu le fagot (avoir des relents de sorcellerie). Sachant lire et écrire, il sera l’intendant et l’homme de confiance du vieux marchand. Il a racheté Alazaïs à un médecin maure pour lui éviter le harem et profiter de son savoir des secrets orientaux. Il dirigera donc la caravane pour l’Italie.


Mathurin et Alizon

En prévision du voyage, Maître de Puisaye a embauché Mathurin qui est bon convoyeur et s’occupera parfaitement des bêtes, ainsi que sa femme Alizon qui sera très utile comme servante. Ami d’enfance de Diane et d’Henry, ce Mathurin, né en 1474, a vu ses géniteurs rappelés à Dieu alors qu’il était encore en ses maillots et enfances. D’abord tueur de loups, il a repris l’activité de convoyeur de son père. Il connaît bien Pinatel à qui il vendait des peaux de loups. En sa dix-septième année, lors de la grande foire annuelle de la Toussaint, il a rencontré Alizon au Puy d’Anis et l’a épousée. Il a compagné Henry de Puisaye à Florence où celui-ci allait suivre ses études.


Alizon naquit en 1483, année du sacre de notre bon roi Charles le huitième, en Margeride où elle était chevrière. La perspective de fuir les assiduités de son propre père et d’épouser un homme aussi bien assis l’a convaincue d’épouser Mathurin. C’est une âme simple, profondément croyante. Elle craint l’enfer, tout ce qui touche de près ou de loin à la sorcellerie et à l’obscénité. Courageuse, elle affronte les loups pour défendre ses chèvres et aimerait devenir une Dame. Elle sait qui a volé les 2 ballots qui manquent à Milan mais ne dit rien. Elle est très intriguée par la cassette que détient Diane, son modèle, mais elle est honnête et n’y touchera mie (jamais).


Lors de leurs multiples pérégrinations, Mathurin et Alizon ont trouvé 2 enfantelets errants seuls du côté des Cévennes. Les pauvrets s’étaient miraculeusement échappés lors de l’attaque de leur village par une bande de caïmans. Tout attendrézis, ils les ont naturellement recueillis et les ont adoptés devant notaire.


Alazaïs

Alazaïs avait pour grand-mère une vénitienne qui fut capturée par les infidèles et vendue comme esclave. Sa mère est devenue favorite du sultan de la Sublime porte. Alazaïs est née en 1472 de ces amours au parfum de soufre, à Istanbul. Elle a été rachetée à un marchand maure sur un marché d’esclaves par Etienne de l’Ouche, en 1488, lors des pérégrinations d’icelui. Bien que connaissant les écrits des apôtres, elle est plus proche du croissant que de la croix. Entre harem et marché d’esclaves, elle a réussi à apprendre des rudiments d’alchimie, l’algèbre et la médecine. Faisant office de guérisseuse et de rebouteuse, elle vole de l’or dans les églises et aide de l’Ouche dans ses expériences. Pour s’attacher Destrouilhas et le tenir par les piches (par les ..ouilles), elle n’a pas hésité à se servir de ses filtres et potions.


Pinatel et Le Rebiscoulé

Pinatel

Quelques jours avant notre département, 2 guillaumes se sont présentés devant messire De l’Ouche : Pinatel le pellaudier (marchand de peaux) et le Rebiscoulé.


Pinatel est un vrai patte à miel (ours). Il vit en forêt, braconne, se bande avec les cigains (tsiganes et gitans) et les robeurs (voleurs), passe les frontières comme un courant d’air… bref, il a toutes qualités requises pour une telle aventure. Il connaît bien Mathurin avec qui il commerçait les peaux de loup et a d’ailleurs été navré en braconnant et aime décoiffer les jacquelines (déboucher les bouteilles).

Le Rebiscoulé

Quant au Rebiscoulé qui porte si mal son nom (Rebiscoulé : retapé, raccommodé, guéri, soigné), il a la face aimable bien que torve et ne demande qu’à rendre service. Las, il est tout juste bon à balayer et amuser les soudoyers par ses pitreries et maladresses.

De l’Ouche se passerait bien de ces gens là mais le Rebiscoulé lui rappelle certaine servante qu’il mettait volontiers au montoire (qu’il culbutait) autrefois. Enceintée par lui, elle accoucha debout au beau parmi des fromages et mourut tout aussi tôt. L’enfant chût sur la tête et rebondit sur des meules très dures ce qui explique son côté simplet et son aversion du fromage. Tout vergogné, de l’Ouche comprend vite ; il ne veut pas avoir les piches arrachées, les noix craquées et la mentuelle brûlée. Ce fils naturel ne lui fait pas vraiment honneur… mais comment faire autrement ? Et puis les nombreux talents de ce Pinatel… Allez ! C’est dit, le barguin est conclu. Ce joli monde viendra en Italie.


Galadrielle et Hermine

Galadrielle et Hermine, sœurs et orphelines, peu attirées par le couvent, étaient entrées au service d’un marchand de Macon et avaient appris la musique et la danse. Le marchand se payant en nature sur les 2 joventes du gîte et du couvert, tous deux décidèrent de l’aider à passer… Elles le daguèrent et jetèrent le corps en rivière de Saône puis prirent la fuite et gagnèrent l’Italie. A Vérone, elles vivent de la danse et de la musique. En apparence ! En réalité, partout où elles passent, leurs mains lestes et leurs doigts crochus ne laissent que peu de bien aux généreux naïfs qui les accueillent. C’est là qu’elles rencontrent la caravane des Compains et Destrouilhas qui les fait embaucher.


Brèche-dent

Brèche-dent se dit marin pour être originaire du bord de mer. En réalité, il n’a jamais mis les pieds sur un navire. Il joue bien du plat de la langue et à l’ouïr, ses exploits sont plus nombreux et émerveillables que les travaux d’Hercule. Son talent le plus réel est le détroussage. Il coupe les bourses avec grande habileté et manie aussi bien le cotel. Il fait partie des soudoyés à la solde de Destrouilhas. Aimant la bonne chère, il a aussi des talents de cuisinier.


Le Barbouillé

Le Barbouillé est issu d’une famille de petite noblesse ruinée. Il a beaucoup fréquenté les cabarets et autres bordaux. En Italie, il a rencontré Destrouilhas avant de se bander pour le Roi de France, Charles VIII. Il voyage beaucoup et est fidèle dans ses engagements successifs. Embauché par Destrouilhas qui l’a vaincu au combat, il prouve souvent sa grande dextérité au maniement de la dague. Sa connaissance des armes lui vaut la charge de l’achat et de l’entretien d’icelles. Surtout, il servira d’éclaireur, faisant au besoin place nette avec « gagne-pain », sa dague.


Ali le maure, Port de bouc et Boutefeu

Ali le maure aurait été albergier dans le passé. Il aurait aussi voyagé et combattu en Afrique, contre des fauves, des éléphants, des sauvages, des serpents, des girafes, des bêtes si étranges qu’on se demande si elles existent vraiment. Il est âpre au gain mais pas à la bataille quoique vaillant. C’est un grand conteur, surtout de ses propres exploits. Il aime boire et gloutir à tas (se goinfrer), mignarder et pastisser le parpal de Diane (tripoter les seins de… ). Bien que la sachant promise à un vieux barbon, il la mettrait bien en perce avant les accordailles (il la culbuterait bien avant le mariage) afin d’épouser et la belle et la dot. Dès lors, il aurait le sentiment d’être aubergié en Paradis (de vivre au Paradis). Mais il craint l’ire (la colère) du vieux de Puisaye.


Port de bouc est né à Marseille. Il serait allé en Afrique avec Ali le maure dont il aurait partagé les aventures extraordinaires (ce serait donc vrai ?). Recruté par je ne sais quel petit sultan, il aurait eu la charge de l’entraînement militaire des eunuques chargés du harem royal. Harem, mot magique qui devait faire longuement rêver Ali et Port de bouc… Tous deux auraient réduits en esclavage et promis à l’émasculation lorsque le sultan les surprit… dans son harem. Ils doivent en réalité leur vie à une des nombreuses maladresses de Boutefeu.


Boutefeu, justement. Nul ne sait d’où sort cet énergumène. Lui-même moins que quiconque. Ce qui le caractérise, c’est un calme olympien et un air endormi des plus trompeurs. Complètement ivre, il s’est endormi un soir, à côté de sa lanterne dans un port d’Afrique. Dans la sainte Barbe. Naturellement, tout le port a sauté. Ce qui a permis à Ali le maure et à Port de bouc de s’enfuir et de conserver leurs piches. C’est sur le bateau qui les ramenait en France qu’ils ont baptisé leur danger permanent de camarade Boutefeu, après qu’il eut par 3 fois failli mettre le feu au navire. C’est le dénommé Brèche-dent qui les a embauchés dans les soudoyers du Duc de Montpensier, après leur avoir offert du vin et promis des femmes, de l’or et autres fariboles et contes de nourrice.


Flutio

Flutio est né dans les monts d’Auvergne d’un père menuisier. D’une foi des plus tièdes, il a gagné l’Irlande à 15 ans pour y apprendre la musique. Ecrivain et compositeur, il joue de plusieurs instruments. A son retour en France, il découvre les trobaïres et se plonge dans leurs œuvres, entre autres celle de Peire Cardenal, le Languedocien. Bon musicien, il vit et vend sa musique à Lyon et à Toulouse, à l’archevêque et aux nobles. C’est à Lyon qu’il intègre la caravane de retour d’Italie. Il souhaite rejoindre le Puy pour retrouver les siens et fonder une famille.


Jacotte de Foumourette

Jacotte de Foumourette, ainsi nommée pour son penchant pour l’hypocras et la dive bouteille, est cuisinière chez maître de Puisaye. Nul ne sait mieux qu’elle dépêcher la volaille, déshabiller le lapereau, attendrézir le rôt et, en période de disette, accommoder les restes et en faire festin. Ses talents et son parpal souvent à l’éventaire l’ont rendue bien douce pour le vieux de Puisaye. Mais Jacotte trouve le vieillard trop mol et trop égrotant. Aussi profite-t-elle de la caravane pour s’en aller chercher une vie plus gaie et des soupirants plus vigoureux. Changement d’herbage réjouit les veaux dit-on… Maître de Puisaye lui a confié une cassette que Diane guigne. Apre au gain, barguigneuse de première, elle fait réaliser des économies certaines au camp. En cheville avec quelques solides montagnards, elle se construit patiemment un pécule ventru assez à la tête de divers trafics : noix entre le Velay et le Dauphiné, châtaignes entre la Cévenne et l’Auvergne…


La Caillasse

La Caillasse est compagnon bâtisseur. C’est aussi un vrai fils de Bacchus, qui sait jouer du plat de la langue dès qu’il est désoiffé. N’a-t-il pas dévoilé certains secrets de sa confrérie un soir d’ivresse ? Ses pairs compagnons l’ont condamné et depuis, il court après les chantiers, heureusement nombreux en ces temps. Autour d’un pichet d’hypocras, il a longtemps parlé avec De Puisaye des émerveillables demeures qu’il a vues ou construites au cours de ses voyages. Le banquier aimerait offrir à sa fille une telle demeure. Il propose donc à La Caillasse, qui connaît la géométrie sans savoir lire ou écrire, de travailler pour lui et de le compagner en Italie afin d’établir des plans. La Caillasse accepte à condition que sa femme Isabelle et leur géniture fasse partie du voyage. Ils rejoindront la caravane après la frontière.


Isabelle

Isabelle est née au sein d’une famille bien étoffée. Ses père et grand-père avaient acquis, moyennant une somme ventrue assez, la charge de notaire du Roi. Un tel titre laissait espérer des alliances des plus honorables. Aussi, les parents de la petite Isabelle lui souhaitèrent-ils une « éducation » digne de ce nom.

Si broderies et dentelles n’avaient plus de secret pour la fillette, il lui fallut, en outre, maîtriser bien vite ces arts qu’on n’appelait encore pas « ménagers. » Savoir se faire obéir des servantes, gérer la provende et éviter toute perte, entretenir les meilleures relations avec les commères du voisinage…

Si éducation n’est pas vertu, au moins en a-t-elle l’apparence. Et le père de la belle se disait : « Notaire du Roi, voilà un beau titre. Du pain dans la huche assez pour nourrir une famille entière… Une bachelette plutôt bien faite et point sotte. Et la garce est habile ! Je lui trouverai bientôt quelque “jeune” guillaume, de petite noblesse peut-être mais de bonne famille. Mon Isabelle me donnera un descendant bien né. »

Las, pour le barbon, la pucelle était quelque peu accaprissat et aux bourgeois qu’on lui proposait, préférait les manouvriers et les journaliers qu’elle encontrait en compagnant son notaire de père dont elle tenait les écritures.

C’est à l’aube d’un énième mariage auquel son père semblait particulièrement tenir qu’Isabelle décida de s’enfuir avec un jeune Compagnon, le dénommé La Caillasse. Pour mieux ménager ses sûretés, elle « emprunta » une cassette à son père et lui déroba quelques actes, lourds des vilains secrets des bonnes familles ponotes. Lorsqu’elle reparut devant son père, elle lui présenta La Caillasse comme son époux, père de l’enfantelet qu’elle portait accroché à son sein.


Coulemel et Chanterelle

Coulemel est cueilleur de champignons. Il vend sa provende aux apothicaires, aux sorciers, aux jeunes filles amoureuses et aux vieilles femmes jalouses, aux débiteurs sans le sou, aux rancuniers… Bref, à tous.

Chanterelle, sa commère a même activité. Ils se sont connus dans les bois. Entre deux cueillettes, ou peut-être pendant, ils trouvèrent le temps de faire deux enfants qui ne quittent les épaules de leur père que pour s’accrocher aux jupes de leur mère.

Ce sont eux qui ont trouvé Pinatel coincé dans un piège à loups et l’en on sorti, bien que Coulemel ait failli de prime l’occire tant Pinatel sentait fort.


Capucin et Romarine

Capucin était moine. Il n’avait que 4 ans lors de la grande procession avec la statue de Notre-Dame la vierge, demandée par le bon roi Louis le onzième (que Dieu ait son âme) pour obtenir la paix en France et des enfants mâles (1468). C’est un jouisseur qui prend la vie à gueule bec (qui mord dans la vie à pleines dents) et aime labourer des mâchoires (manger) comme bœuf ravi en pâturage.

Romarine, était mère abbesse. Toute jeunette, elle a travaillé chez un volailler du Puy. Le jour où ce dernier a voulu lui faire vendre son devant (à se prostituer), elle a rejoint le monastère. Leurs couvents étaient voisins. Que croyez-vous qu’il arriva ? Après avoir plusieurs fois forniqué dans les vergers, ils profitèrent d’une procession de pénitents pour s’enfuir et étaler, tout dévergognés qu’ils sont, leur péché sous les yeux de Notre seigneur.


Parpaillou et la Fiouguette

Parpaillou a été recruté par De l’Ouche pour son habileté à manier la dague, le coutelas et la hallebarde. Habileté qui reste encore à prouver. Il a été embauché avec son épouse, la Fiouguette et regrettera très bientôt sa présence.

Non seulement elle l’oblige à un minimum de fidélité mais la belle lui tyrannise les oreilles avec son flutiau dont elle ne sépare, malheureusement, jamais. Bonne cuisinière et bonne brodeuse, la Fiouguette se voudrait aussi bonne musicienne. Que n’a-t’elle une bonne oreille pour s’entendre, elle qui huche sans cesse à vous tympaniser !

Parpaillou travaille avec La Caillasse. Aux dires de ce dernier, pourtant peu prodigue en compliments, il ferait même preuve de certains talents. Il a appris à vite repérer les objets de valeur dans les monastères et églises où l’amène son travail de maçon.

Mais surtout, il s’est créé une vraie rente. Il fabrique de fausses reliques, principalement de la vraie croix. Par un sursaut de morale, il n’utilise que des bois provenant d’églises ou de monastères, et donc, bénis !

Il aurait, dit-il, certains soirs après avoir décoiffé moult jacquelines, fabriqué autant de croix qu’il y a de chapelles, prieurés, monastères, églises ou cathédrales dans toute la chrétienté.


Nénette

Nénette travaille à l’Hôtel-Dieu où elle a eu l’occasion de soigner maître de Puisaye. Celui-ci a repéré ses talents de soignante, de cuisinière et sa connaissance des herbes. Il lui a aussi trouvé d’autres qualités… Dans les auberges, le soir venu, la commère frétille du nombril comme danseuse orientale. Ses déhanchements langoureux ont certainement plus fait pour son embauche que tous ses savoirs. A son arrivée dans la demeure, le mantel tout rapiécé, la belle était bien quinaude et semblait guère étoffée (elle avait l’air piteux et ne semblait pas très riche). Elle savait en tous cas jouer du plat de la langue, était bien fendue de gueule (elle savait bien parler et avait grande gueule) et sut bien vendre et sa cause et son devant.


Absinthe

Absinthe élabore des liqueurs et est très bonne couturière et cuisinière. Pour ses liqueurs, qui lui valent la grande estime et l’indéfectible amitié du corps de garde, elle cherche à créer des marchés. De mauvaises langues la soupçonnent d’empoisonnement car tous les hommes qui l’ont approchée sont rapidement défunctés.

Ces soupçons, jamais exprimés vraiment mais à peine murmurés, sont arrivés à l’oreille de Monseigneur l’Evêque.

Les connaissances herboristes d’Absinthe, un petit traité qu’elle a commis, ses nombreux échanges épistoliers avec d’aucun apothicaire ont confirmé ses connaissances aux puissants. Si l’évêque du Puy la veut tenir en ses rets à son seul service, elle rêve bien davantage au ciel d’Italie.

Ne murmure-t-on pas que sa grande amie Manacala aurait parlé d’elle à sa Sainteté ? Et qu’icelui la voudrait encontrer…


Garance

Épouse d’un petit boutiquier, marchand d’images pieuses, Garance fut, dans son adolescence, demoiselle de compagnie d’une femme de Consul, marchand de draps. Son grand cœur, sa gentillesse naturelle l’amenèrent vite à fréquenter quelques couvents de la ville et leurs pauvres. Garance était aussi une très bonne couturière.

Au couvent, où elle aidait à repriser chasubles, robes et jupons, elle eut l’idée, pour aider les nonnes financièrement démunies, de rogner sur les tissus, sur le fil, sur les boutons, les aiguillettes… De rognement en rognement, les robes raccourcissaient et le couvent devint vite célèbre, pour ses nonnettes, les premières à porter l’ancêtre de la mini jupe.


Vignesoule et La Grappa

Vignesoule a découvert la Grappa, extasiée devant une fresque à la cathédrale. Son air à la fois pieux et doux l’a immédiatement conquis. Jonglar, il est fort, habile et ne rechigne pas à l’ouvrage. Depuis qu’ils se sont mariés, ces deux saltimbanques vivent sous le porche de la cathédrale.

Tandis qu’il jongle et s’adonne à ses tours, elle, ravissante, aimable, la paupière chaste et modestement baissée, elle donc, demande l’aumône – humble apparemment et discrète, sa voix fragile, son teint de lait, son sourire aimable attirent les regards venimeux des commères et l’œil paternel des bourgeois. La main leste d’iceux suivant souvent de près le regard affectueux. Et pendant que son devant, tout en humilité, demande l’obole pour le jongleur, son derrière frétillant fait mine d’ignorer pinçons et caresses.

Or, il advint que ce visage de nonnette émut tout particulièrement un vieux Consul. Il ne se passait de jour sans qu’il vint s’esbaudir aux prouesses de Vignesoule et donner quelques pincettes à la Grappa, dont il pastissait généreusement le fondement. Tout naturellement, la belle en vint à profiter de cet engouement. Du temps que le Consul avait mains et regards piégés, elle le délesta bien vite de sa bourse. Comme tout bourgeois, celui-ci était plus attaché à sa pécune qu’à son honneur.

Aussi cria-t-il bien fort sa déconvenue et toute la ville la sut. Sa propre commère, humiliée, ne parlait plus que de pendre Vignesoule par les piches et serrer sa garce dans le plus sévère des couvents. Désormais, l’Italie devenait la seule issue pour la Grappa et Vignesoule.


Gargabouille et Goudimir de Bessarabie

Gargabouille et Goudimir de Bessarabie sont des musiciens, élèves à la maitrise de Clermont où ils étaient clerc et clergeon. Après qu’ils eussent subtilisé un ostensoir, ils ont dû fuir Clermont et se sont réfugiés à la maitrise de la cathédrale du Puy. Malheureusement pour eux, les chanoines clermontois les ont retrouvés. Ils se cachent dans le voyage pour quitter le Puy et espèrent trouver une chapelle accueillante en Italie. De l’Ouche les a embauchés pour briller auprès des commerçants et des bourgeois.


La Caillette et Tranchecaille

La Caillette et Tranchecaille sont chevriers. Ils font du fromage et ont été chargés par maître de Puisaye de trouver une race de chèvres naines, rustiques et résistantes, obéissantes, disciplinées, peu ou pas bruyantes, produisant une laine de grande qualité, qui mangeraient peu, produiraient un lait exceptionnel en quantité et s’adapteraient à tous les climats. A l’idée de quitter ses plateaux venteux, La Caillette use de tous ses charmes auprès de Tranchecaille tant l’idée d’un voyage l’émoustille. Changement d’herbage réjouit les veaux, dit-on.


Cadet

Cadet est musicien et ânier du Velay. Il sait parler aux ânes, ce qui n’est pas donné à tous même si les ânes sont de plus en plus nombreux. Ses talents nous seront utiles dans la caravane. C’est en Languedoc qu’il avait pris ses suretés et mettait régulièrement au montoire une jeune parpaillote, mariée de surcroît. Lasse de lui, celle-ci l’a dénoncé au mari cocu qui l’a lui-même dénoncé au prévôt. Dans un juste souci de vengeance, Cadet a emprunté sa bourse au cocu et s’est enfui vers les montagnes du nord. C’est ainsi qu’il est arrivé en Velay.


Mesurette

Mesurette est un fameux braconnier. Batailleur, querelleur, voleur et franchement bandit, il distille des alcools forts. C’est avec leur aide qu’il a réussi à convaincre De l’Ouche de le recruter pour de soi-disant talents de soldat. Il est vrai qu’il a besoin de pécunes et qu’il a occis le fils d’un notable dans une taverne du Puy-Notre-Dame.


Ironimus

Ironimus est un libraire hollandais, spécialisé dans le négoce de livres et de bulbes. Il comptait dans sa boutique nombre d’ouvrages interdits par notre sainte mère l’église et même, par les parpaillots. Il est venu au Puy avec des marchands des Flandres. Ils ont réalisé de bonnes affaires et ont banqueté en taverne où ils ont assisté à la rixe qui opposait Mesurette et un fils de notable. Il a été embauché pour ses talents de traducteur et sa maitrise des parladures étrangères.


Thibault

Thibault a beaucoup critiqué le pouvoir de Monseigneur l’évêque et sa richesse. Dans son ire contre les injustices de cette terre, il a osé critiquer le roi et est depuis recherché par le prévôt. Il s’est caché au séminaire où il se faisait passer pour clergeon. Mais le libraire hollandais, un peu bougre à ses heures, fréquentait le séminaire en nocturne. Thibault repoussa à grand-peine ses avances empressées et ils durent se battre. Devant le scandale, Thibault a fui le Puy, sans oublier de s’emparer de la bourse du prieur pour assurer ses aises.


Rachel Cayenne

Rachel Cayenne était mère dans une Cayenne. Elle tomba en grand pensamor pour un compagnon qui faisait son tour de France. Lorsqu’il s’en alla pour l’Italie, elle crut bien mourir. L’occasion de le rejoindre la pousse à tout laisser et à partager l’aventure. Erudite, elle sait lire et écrire. Elle a toujours les vents et haleines paisibles (elle est calme), se bride court et s’accoise (se tient tranquille), accueillant chacun à froidureuse face, gourmande les bachelettes (fait la leçon aux jeunes femmes) et se laisse rarement prendre sans vert (se laisse rarement surprendre).


Manacala

Manacala était la masseuse attitrée d’Alexandre VI. Trop de massages lui ont fait les mains calleuses. De plus, en tant que masseuse, elle fut remplacée par une jeune campagnarde qui offrait ses quinze ans à sa Sainteté. Furieuse, elle s’empara au Château Saint Angelo de divers objets plus ou moins précieux dont un calice en bois qu’on recherche encore. Elle réussit à échapper à la garde papale et trouva refuge chez les Compains. Elle rentre au Puy-Sainte-Marie pour fuir Rome et, qui sait, se mettre au service de quelque chanoine ou évêque.


Domielle et Dzak

Domielle est une grande coquette, entichée de colifichets, rubans et bijoux. Il ne se passe de jour sans qu’elle use deux à trois tenues. Elle passe la journée à s’apprêter pour être plus disponible quand vient le labeur. Nombre d’amoureux fréquentent son jardin. Las, ses parents refusent toute union et ne trouvent de parti qui soit digne de leur belle enfant. Lasse de ne voir que la terre qui poudroie à l’horizon et jamais de prince charmant assez pour ses géniteurs, elle compagnera la caravane en Italie où elle compte bien encontrer enfin ce soupirant vigoureux tant attendu.


Dzak vit en Languedoc. Il est contre Paris, contre le Roi de France, contre le Pape, regrette le raffinement des comtes de Toulouse… et fait savoir à tous sa pensée. Ses harangues publiques lui ont valu les foudres de la noblesse locale qu’il a dû fuir. Il a trouvé refuge dans les montagnes du Velay, dans une bergerie. Depuis, il vit là, loin de tout et de tous, cultivant toutes sortes d’herbes étranges. Mais, lui qui a tant friandise du suave corps féminin ne peut demeurer dans le fiel et l’aigreur de la chasteté (est-il nécessaire de traduire ?). Ses herbes et ses montagnes ne lui suffisent plus, l’aventure l’appelle et cette caravane dont il entend parler par Domielle, est un signe du destin. Et qui sait, une fois loin des géniteurs de la belle Domielle…




Les personnages connus
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d’histoire de France et d’Italie